Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 10.djvu/159

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populaire, l’on retourne contre lui les grands et la bourgeoisie… si le pouvoir tombe aux mains de la bourgeoisie, l’on retourne contre elle le populaire et les grands… si, enfin, le pouvoir tombe aux mains des grands, l’on retourne contre eux bourgeoisie et populaire.

— À la suite de ces secousses, de ces guerres civiles, que doit-il arriver ?

— Tous les pouvoirs ainsi annihilés, détruits les uns par les autres, l’Église catholique restera seule debout, impérissable, et dominera ces ruines.

— Vous avez parlé d’agir sur le populaire, sur la bourgeoisie, sur les grands, afin de se servir de ces différentes classes pour renverser le pouvoir royal, et de les déchaîner ensuite les unes contre les autres ; quel moyen d’action aurez-vous sur elles ?

— Le plus puissant de tous… la direction de leur conscience par la confession.

— Comment parviendrez-vous à diriger leur conscience ?

— En établissant des maximes de morale si douces, si flexibles, si commodes, si complaisantes aux passions, aux vices, aux péchés, que le plus grand nombre des hommes et des femmes nous choisiront pour confesseurs, nous livreront la direction de leur âme… Or, diriger, posséder les âmes des créatures, c’est s’assurer l’empire du monde.

— Voyons l’application de cette doctrine, — reprend Loyola. — Je suis moine, vous êtes, je suppose, — ajoute-t-il, s’adressant tour à tour à chacun de ses disciples, — vous êtes mon confesseur, je vous dis : Mon père, il est défendu, sous peine d’excommunication, de quitter, ne fût-ce que pour un instant, l’habit de notre ordre ; je m’accuse de m’être vêtu en laïque ?

« — Mon fils (répondrai-je), — dit l’un des disciples d’Ignace, — distinguons : si vous avez quitté momentanément l’habit religieux, afin de ne pas le souiller par une action honteuse, telle que d’aller filouter ou hanter une maison de débauche, vous avez obéi à un