Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 10.djvu/187

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ment le soir ; l’on devait d’autant mieux espérer le trouver ici à cette heure, qu’il a passé une partie de la dernière nuit dehors…

— Pourquoi n’est-on pas allé l’arrêter dans la journée à l’imprimerie de M. Estienne ? — ajouta le sergent en continuant ses recherches, — on ne l’aurait pas manqué.

— À cela, je répondrai d’abord, mon ami, que malheureusement, vu l’absence de M. le lieutenant criminel, mandé depuis le matin chez monseigneur le cardinal Duprat, notre ordre d’arrestation n’a pu être délivré que très-tard dans l’après-dînée ; puis, vous le savez aussi bien que moi, les artisans de M. Estienne sont infectés d’hérésie, ils ont des armes, ils auraient tenté de résister violemment à l’arrestation de leur camarade. Force fût restée, sans doute aux archers ; mais pendant cette lutte, Christian pouvait fuir, tandis qu’il y avait mille chances de le surprendre chez lui sans défiance au milieu de la nuit.

— Et pourtant, jusqu’ici il nous échappe ! — reprit ]e sergent après de nouvelles investigations ; et remarquant la porte de la chambre d’Hêna, il fouille aussi cette pièce sans plus de résultat, et dit : — Rien non plus de ce côté.

— Alors, visitons le galetas ! Donnez-moi la lanterne et venez. S’il n’est pas là-haut, il nous faut renoncer pour cette fois à notre capture… Heureusement, nous avons la femme, les enfants… et ceci… — ajouta le jésuite en montrant le coffret qu’il tenait sous son bras ; — nous retrouverons toujours bien Christian.

Ce disant, Jean Lefèvre ouvre la porte du placard communiquant au renfoncement où aboutissait l’échelle de meunier, la gravit, suivi du sergent, arrive dans le grenier qui avait servi de refuge à l’inconnu, aperçoit un matelas, quelques restes de pain et de fruit, et sur un escabeau un encrier, des plumes, enfin, épars sur le plancher, des fragments de papier déchirés.

— Quelqu’un s’est caché ici et y a séjourné ! — dit vivement le sergent ; — ce matelas, ces vivres, annoncent la présence d’un