Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/147

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Ah ! monsieur de Witt, si mon admiration blesse votre modestie, laissez-moi du moins vous exprimer ma reconnaissance pour les nobles pensées que vous m’avez inspirées, pour le bien que vous m’avez fait ! — ajouta Nominoë si profondément ému, que ses yeux se remplirent de larmes.

— À Dieu ne plaise, mon enfant, que je mette en doute votre sincérité ! — répondit paternellement Jean de Witt, touché du langage de Nominoë. — Oui, — ajouta-t-il, tendant avec cordialité la main au jeune marin, — oui, vous dites vrai, l’admiration, sinon pour les hommes, du moins pour les glorieux et impérissables principes qu’ils représentent, est salutaire, est féconde ! Ce noble ressentiment, vous l’exprimez en de tels termes, que je ne puis qu’envier votre père d’avoir un fils tel que vous.

Nominoë, dans un élan d’enthousiasme involontaire, au lieu de serrer la main que Jean de Witt lui présentait, s’inclina et l’approcha de ses lèvres, par un mouvement de vénération presque filiale si naturel, si touchant, que son père, M. Serdan et Jean de Witt, sentirent redoubler leur émotion. Salaün Lebrenn, le regard humide, dit alors au grand pensionnaire de Hollande avec une expansion de bonheur ineffable : — Oui, croyez-le, monsieur, je suis un heureux père.

— C’est justice… — reprit Jean de Witt, — les bons pères font les bons fils…

— Maintenant, mon ami, — reprit Serdan, s’adressant au grand pensionnaire de Hollande, — avouez-le, si vous aviez pu, malgré mes assurances, douter de la sûreté des renseignements que vous a transmis M. Lebrenn sur l’état des esprits en Bretagne, la valeur morale de mon digne ami et de son fils ne vous donnerait-elle pas en eux toute créance ?

— La droiture de l’esprit, l’élévation de l’âme, doivent en effet inspirer toute créance, — reprit Jean de Witt ; — mais, en outre, ce dont je suis très-frappé, c’est que M. Lebrenn, remplissant les devoirs de sa profession de marin commerçant, ait pu encore acquérir