Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/16

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réchappe point. Son corps fut embaumé et mis en plomb ; puis le roi de Navarre proclamé roi de France en l’armée comme héritier légitime de la couronne [1]. »

Ainsi finit la branche des Valois, rameau pourri de cette vieille et exécrable souche : la royauté franque, transplantée de Germanie en Gaule par la violente conquête de Hoold-Wig (Clovis), ce meurtrier, ce pillard béni et sacré par l’Église de Rome. Hélas ! fils de Joel, depuis dix siècles et plus qu’elle opprime la Gaule asservie, cette race de rois d’origine étrangère, cherchez combien il est de souverains éclairés, humains, amis de leurs peuples et justement honorés dans l’histoire ?… Cherchez aussi combien de souverains nuls, imbéciles, fous ou scélérats, cloués au pilori de l’histoire ! et dites de combien les méchants l’emportent sur les bons ?… Cherchez un règne… un seul… et des meilleurs, où le pays n’ait pas été troublé, déchiré, dévasté par la guerre civile ou étrangère ? un règne… un seul… et des meilleurs, où le peuple des villes et des campagnes n’ait été écrasé par la lourdeur des impôts et révolté de leur iniquité ?… Alors, vous comprendrez mieux encore pourquoi tant d’esprits sont, en ce siècle-ci, partisans de la religion nouvelle et du gouvernement républicain, maintenant si florissant en Hollande. Les peuples sont las d’être héréditairement légués comme un troupeau de bétail à ces lignées royales, si prolifiques en idiots ou en monstres. Courage, fils de Joel, courage, tout le prédit, tout l’annonce, ils s’approchent, ces temps promis par Victoria-la-Grande, ces temps de délivrance où le double joug de l’Église et de la royauté sera pour toujours brisé, ces temps glorieux où la république des Gaules fédérées s’abritera sous son antique drapeau rouge [2], surmonté du coq symbolique… Vigilance et vaillance !

Le meurtre de Henri III fut salué par la Ligue et par le clergé avec un enthousiasme frénétique. L’on vit alors combien étaient

  1. Registre-Journal de Henri III, roi de France et de Pologne, p. 301.
  2. Voir vol. II, p. 175. — Le drapeau rouge était le drapeau national des Gaulois.