Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/181

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compatriote ?… — reprit vivement Nominoë avec la généreuse exaltation de son âge et ignorant encore que cette jeune fille fût celle qui se trouvait à bord du brigantin remorqué par lui, au péril de sa vie, dans le port de Delft, lors de la dernière tempête, et de qui le souvenir et la merveilleuse beauté l’avaient depuis profondément et secrètement impressionné. — Mon père ! — ajouta Nominoë, — peut-être en devançant ces enragés pourrons-nous prévenir à temps cette jeune fille… et l’engager à fuir !

À ces paroles, Serdan parut frappé d’une idée soudaine, et dit tout bas à ses deux amis :

— Venez… ne nous quittons pas ; faisons tous nos efforts pour traverser le courant de la foule et gagner cette arcade que vous voyez là-bas à notre droite.

Les trois Français, qui, durant cet entretien à voix basse, avaient jusqu’alors suivi, malgré eux, le flot populaire qui les emportait, parvinrent à la suite de vigoureux efforts à couper diagonalement ces masses compactes et à gagner l’arcade désignée par Serdan, tandis que la multitude continuait sa marche, guidée par le boucher qui hurlait en brandissant son couteau :

— Vengeance et représailles ! ! ! Allons chez Tilly ! ! !


M. de Tilly, après avoir obéi aux ordres de l’assemblée des États et cédé la garde de la prison à la compagnie du Drapeau-Bleu, prévit avec désespoir l’issue de cette journée sanglante ; il se rendit à la tête de sa cavalerie (selon un nouvel ordre des États) sur la place voisine du palais où ils tenaient leurs séances. Là, il dut ranger son escadron en bataille et attendre d’autres instructions, ignorant ainsi qu’une partie de la population de La Haye se rendait à sa demeure afin de la dévaster, voulant aussi exercer d’horribles représailles sur les Français auxquels il donnait l’hospitalité.

Madame du Tremblay et l’abbé Boujaron, fidèles aux recomman-