Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/184

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pieds de la marquise, et le bris des carreaux permit aux clameurs du dehors d’arriver distinctement dans le salon :

— Ma sœur a été violée ! éventrée ! par les soldats de Louis XIV, — criait le boucher de qui la voix de stentor dominait le tumulte. — Vengeance et représailles !… il y a des Françaises chez Tilly… Feu sur la porte et sur les fenêtres ! Nous entrerons : massacre et furie !

Le bruit d’une décharge de mousqueterie presque instantanée suivit les paroles du boucher ; la maison sembla ébranlée dans ses fondements ; la porte principale, à demi défoncée par les mousquetades, fut attaquée au dehors à coups de hache et de levier. Mademoiselle de Plouernel avait entendu les menaces du boucher… Elle n’eût pas redouté la mort, puisqu’elle ne croyait pas à la mort ; mais à la pensée d’un effroyable outrage, elle devint d’une pâleur livide, tomba sur ses genoux et levant au plafond ses mains suppliantes :

— Mon Dieu… ayez pitié de moi ! ! Oh ! le supplice… le plus affreux supplice !… Mais pas de déshonneur ! ! !

Soudain, le plancher du salon tremble en répercutant le choc réitéré de violents coups de masses, et sous leur effort la porte d’entrée tombe enfin avec fracas ; les vociférations des assaillants, qui font irruption dans l’intérieur de la maison, arrivent aux oreilles de l’abbé, de la marquise et de mademoiselle de Plouernel. Leur épouvante est à son comble, lorsqu’une petite porte pratiquée dans la boiserie du salon s’ouvre brusquement :

— Voilà les assassins !… — murmure la marquise demi-morte de terreur, — nous sommes perdus…

— Nous sommes sauvés ! — s’écrie Berthe de Plouernel reconnaissant Serdan, qui lui avait, le matin même, témoigné une vive sympathie.

À ce moment, des piétinements, des rumeurs de plus en plus rapprochés annoncent que les assaillants gravissent précipitamment l’escalier. Serdan, sur les pas de qui sont entrés les deux Bretons, s’élance vers la porte principale du salon, la ferme à double tour,