Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/187

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daine, si violente, que malgré l’énergie de cette jeune fille, les ressorts de son âme devaient être pour longtemps brisés.

— Monsieur, — dit enfin d’une voix presque défaillante Berthe à Salaün, — nous avons, il y a trois jours, échappé à un naufrage certain, grâce au dévouement du courageux marin qui, en ce moment encore, assure notre fuite… au péril de ses jours ; de grâce, que je sache du moins le nom de celui à qui j’ai dû la vie, à qui je dois l’honneur !

— Ce jeune homme est mon fils, mademoiselle ; nous sommes marins du port de Vannes… Je me nomme Lebrenn.

— Qu’entends-je, — pensait mademoiselle de Plouernel, frappée de stupeur, — mon sauveur est l’un des descendants de cette famille gauloise dont le colonel de Plouernel a connu la légende ?

À cet instant la détonation des coups de mousquet tirés sur la porte que défendait Nominoë retentit au fond du couloir que les fugitifs venaient de traverser. Puis, à cette détonation, succéda ce cri lointain et expirant, poussé par le jeune marin :

— Adieu, mon père… Fuyez… fuyez !

— Malheureux enfant… il meurt ! ! ils l’ont tué… — s’écrie Salaün Lebrenn avec un accent déchirant. Et, abandonnant mademoiselle de Plouernel aux soins de Serdan, qui venait d’explorer la ruelle, il remonte l’escalier et vole au secours de son fils…

— Venez, venez ! mademoiselle… — dit Serdan, — la ruelle est déserte… Voici la nuit. Je réponds de tout, lorsque nous aurons atteint le premier passage voûté…

Mademoiselle de Plouernel ne parut pas entendre les paroles de son guide, et, immobile, le regard égaré, elle murmura : — Il est mort… J’ai causé sa mort ! Ils l’ont tué !

— Hâtez-vous, madame, traversez la cour… la ruelle… entrez dans le premier passage, à votre main droite, et attendez-moi là… — dit Serdan à la marquise et à l’abbé qui puisèrent dans leur épouvante la force de suivre l’instruction de Serdan. Celui-ci les rejoignit