Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/189

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Durant cette même nuit, Serdan, ému du plus touchant intérêt pour mademoiselle de Plouernel, qui, tout à fait en sûreté, reprit peu à peu conscience d’elle-même, quoique toujours sous le coup d’un profond accablement, la fit partir en voiture, ainsi que la marquise et l’abbé pour le port de Delft, sous la conduite d’un homme sûr. La jeune fille, en quittant La Haye, emporta du moins l’assurance que, quoique très-graves, les deux coups de feu reçus par Nominoë n’étaient pas mortels. Le guide à qui Serdan avait confié les trois Français s’informa en arrivant à Delft d’un navire en partance. Un capitaine de Hambourg, État neutre et dont les vaisseaux marchands n’avaient conséquemment rien à craindre des escadres françaises, anglaises ou hollandaises, consentit à conduire les trois passagers français au Havre-de-Grâce, et dans la journée le navire mit à la voile pour la France.


Le jour même du meurtre des deux frères de Witt, l’assemblée des États de Hollande dépêcha un courrier au jeune prince d’Orange, alors campé avec son armée à Alphen, sur les bords du Rhin, entre Leyde et Woerden. Lorsque le courrier arriva, le prince allait se mettre à table ; il ouvrit l’une des deux dépêches qu’il recevait, la lut et dit :

— Messieurs, je vous annonce une bonne nouvelle pour les amis de M. Fagel, que j’aime fort. Il a été nommé hier grand pensionnaire de Hollande, par suite de la démission de M. Jean de Witt.

Le prince, dépliant ensuite la seconde dépêche, la lut… Sa figure blafarde resta impassible… son regard terne ne trahit pas la moindre émotion. Puis, repliant la dépêche et s’asseyant à la table où son couvert était dressé :

— J’apprends que MM. de Witt ont été hier massacrés à La Haye, par la populace… Que Dieu les absolve… messieurs ! s’il est vrai qu’ils aient trahi la patrie !