Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/215

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nouée du ruban de fiançailles, portait un corsage d’étoffe verte, orné de passements blancs, carrément échancré à la hauteur de sa gorgerette de lin, qui trahissait les pudiques battements de son sein virginal, car, afin de se maintenir à cheval, elle enlaçait Nominoë de l’un de ses bras. La douce enfant gardait le silence depuis son départ de la maison paternelle. Ce silence, elle le rompit, et, rougissant, dit d’une voix timide : — Nominoë… je dois te faire un aveu…

— Quel aveu, chère Tina ? — répondit affectueusement le jeune homme en tournant la tête vers son épousée, afin de l’envisager par-dessus son épaule. Mais Tina, prévenant ce mouvement, reprit :

— Non, non… je t’en prie, ne me regarde pas ! ! sinon, je n’oserais achever mon aveu ! !

— Il en sera ainsi que tu le désires, douce enfant. — Et, souriant, il ajouta : — Quel est donc ce redoutable secret que tu crains de m’avouer en face ?

— Un triste secret… dont j’ai honte… et grande honte… Fasse Dieu que tu me pardonnes ! — La voix touchante de Tina était si émue en prononçant ces mots, que Nominoë, surpris, fit involontairement un nouveau mouvement afin de se tourner vers son épouse. Mais elle le prévint encore en disant : — Je t’en prie, ne me regarde pas…

— Soit, petite Tina, mais de grâce, achève…

— Eh bien… ce matin…

— Ce matin ?

Tina hésita de répondre, réfléchit pendant un instant et reprit :

— Je suis ta femme… tu ne dois ignorer aucune de mes pensées, bonnes ou mauvaises…

— Une mauvaise pensée venir à ton esprit, angélique créature ? Je ne le crois pas… je ne le croirai jamais ! !…

— Pourtant une mauvaise pensée m’est venue… J’ai douté de toi, Nominoë.

— De moi… et pourquoi ? et quand cela ?