Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/240

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


demoiselle de Châteauvieux, ce double mariage, si ardemment désiré par le duc de Châteauvieux pour son fils et pour sa fille, comblera les vœux de Raoul !

— Il attache à bon droit une extrême importance à ce mariage… le duc de Châteauvieux jouit auprès du roi d’un immense crédit. Mademoiselle de Châteauvieux, par suite de l’héritage que lui a laissé cette vieille fée de vicomtesse de Morincourt, est l’un des plus riches partis de France ; or, si considérables que soient les biens de Raoul, il est prodigue et magnifique en toutes choses. Les baillis de ses domaines d’Auvergne, de Beauvoisis et de Bretagne, font suer… ainsi qu’ils disent plaisamment, font suer à ses vassaux tout ce qu’ils peuvent humainement rendre ; deux cent cinquante à trois cent mille livres bon an, mal an, plus du tiers en sus de ce que rapportaient ces mêmes domaines au temps de son père… et cependant mon neveu en est parfois réduit aux emprunts ; d’où il suit que si le roi, selon que nous l’a promis formellement le duc de Châteauvieux, accorde à mon neveu, aussitôt après son mariage, l’ambassade d’Espagne, il ne faudra rien moins que l’héritage de la bonne femme Morincourt pour permettre au comte de représenter dignement, magnifiquement, en un mot royalement, son royal maître, à la cour de Madrid.

— Sans doute, rien de plus désirable, de plus opportun que ce mariage, ma chère marquise… Mais vous savez à quelle condition expresse il doit s’accomplir… et à dessein j’insiste fort là-dessus…

— Oui, le duc de Châteauvieux… mais seulement duc à brevet, et, entre nous, de mince étoffe, quant à l’origine, puisque son bisaïeul, tout au plus gentilhomme, fut tiré de son profond néant par la faveur de Louis XIII, de qui ce Châteauvieux-là était domestique, en qualité d’officier de fauconnerie… or, le duc de Châteauvieux, malgré son tout-puissant crédit auprès de Sa Majesté et son brevet de duc, sent que le bât le blesse au vif à l’endroit du manque absolu de naissance. Aussi, désire-t-il si ardemment retremper sa descendance dans l’antique illustration de notre maison, qu’il met une condition