Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/258

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mort planté vers le milieu de la clairière, Nominoë Lebrenn éprouvait une anxiété profonde ; pâle, défait, le front penché, le regard fixe, les bras croisés sur sa poitrine, il se disait :

— Non, elle ne viendra pas ! elle ne viendra pas !… Oh ! maintenant que cette tentative désespérée est accomplie, je reconnais combien elle était folle !… Écrire à dame Marion, la prier de remettre à mademoiselle de Plouernel la lettre jointe à mon billet, déposer le tout chez le concierge du château en lui disant : « Pour dame Marion, » puis disparaître… et venir attendre en ce lieu… Croire qu’elle viendra… est-ce assez insensé… Non, non ! elle ne viendra pas… — Après un moment de silence, Nominoë reprend : — Qui sait ! peut-être s’est-elle égarée ! Pourtant les indications contenues dans ma lettre sont précises… « Prendre, à droite de l’allée que l’on suit en sortant du parc, le premier sentier que l’on rencontre et qui conduit à une clairière où se trouvent un chêne mort et une source d’eau vive. » J’ajoutais que j’ai choisi ce lieu de rendez-vous parce qu’il n’est pas éloigné du château, quoique en dehors du parc, dont l’une des portes s’ouvre près d’ici… Ah ! je connais ces bois ; depuis deux jours j’y rôde comme un bandit !… Ce souterrain, je le connais aussi… — ajouta Nominoë, tournant la tête du côté de l’issue masquée par des lierres et des vignes folles. — Dans ce souterrain ont blanchi les os de l’un de nos aïeux… serf d’un sire de Plouernel, et condamné par lui à… — Puis s’interrompant : — Fatalité étrange ! malheur à moi ! c’est pour l’une des filles de cette race… tant de fois maudite par les miens à travers les âges, c’est pour une fille des Neroweg que j’éprouve un amour délirant… et bientôt peut-être… mais non, va ! Rassure-toi, pauvre fou ! elle ne viendra pas… Non, si généreux que soit son cœur, elle ne peut oublier qu’elle est de noble origine et que ma famille est vassale de son frère !… Non, elle ne viendra pas… et d’ailleurs vînt-elle… oserai-je seulement affronter son regard ! Ce rendez-vous, ne l’ai-je pas pour ainsi dire imposé à sa reconnaissance ! ne lui ai-je pas écrit : — « Celui qui,