Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/315

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Ah çà, Marion, vous me parliez de charmes magiques ; quoique la visite de mademoiselle à ce vieux fou me semble, je l’avoue, singulière, rien jusqu’ici ne me paraît toucher à la magie.

— M’y voici. J’attendais donc mademoiselle en dehors de l’antre de ce sorcier, lorsque je le vois sortir d’un air effaré, courir vers la maison du faubourg la plus voisine, et bientôt revenir avec… avec…

— Eh bien, Marion, pourquoi vous interrompre ?

— Je crains que vous vous moquiez… enfin, il n’importe. Je vois donc notre homme revenir apportant dans ses bras un gros chat noir.

— Oh ! oh ! je devine !… Le chat noir est la bête cabalistique par excellence !… Qu’est-il advenu de ce chat noir, ma pauvre Marion ?

— Je l’ignore… mais ce qui est certain, c’est qu’au bout d’une heure mademoiselle est sortie de l’antre du souffleur rayonnante de joie, de bonheur ; ses pieds ne semblaient pas toucher terre ; enfin, l’expression de ses traits avait changé à ce point, que je me demandais, et parfois je me demande, si cet homme n’avait pas eu recours à quelque sorcellerie pour métamorphoser subitement ainsi ma pauvre Berthe… Elle n’a d’ailleurs pas rapporté à Mezléan les pièces d’or et quelques pierreries qu’elle avait prises dans sa cassette, soit que, sachant par moi le bonhomme ruiné, elle ait voulu le généreusement secourir, soit qu’elle ait chèrement acheté ce charme que… Mais non, non, elle est trop sensée pour être dupe de ces fourberies. Enfin, que vous dirai-je ? sans croire positivement à la magie, je ne puis me défendre d’un funeste pressentiment quand je songe à notre visite à ce vieux sorcier.

— Ma pauvre Marion, tous les chats noirs du monde ne me donneraient créance aux sorcelleries ; mais je suis frappé de ce changement soudain que vous dites survenu dans l’esprit de mademoiselle après sa visite à ce souffleur, surtout si les suites de ce changement ont persisté.

— Sans doute ; car depuis lors, mademoiselle n’a plus paru attristée, accablée ainsi que par le passé. Elle semble attendre impa-