Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/321

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confier à de plus dignes mains… Ces terribles exécutions, qui par ordre de Louis le Grand vont changer la Bretagne en un vaste cimetière, feront bien des veuves, bien des orphelins… Je vous laisserai, avant mon départ, une somme assez considérable en or et en pierreries… Vous l’emploierez, vous et Marion, à soulager ces cruelles misères et…

Marion rentre en ce moment pâle, tremblante, et dit d’une voix altérée :

— Ah ! mademoiselle… mademoiselle !

— Qu’as-tu, nourrice ?

— J’ose à peine vous dire, mon Dieu, cela va tant vous surprendre, vous saisir…

— De quoi s’agit-il ?

— Margarid, la femme du concierge, est tout à l’heure venue m’avertir que l’on avait heurté à la porte du manoir… Elle a ouvert… une personne demandait à me parler…

— Eh bien ?

— J’ai dit à Margarid de faire entrer cette personne… Elle est entrée… Je l’ai vue… et…

— Ensuite ?

— Si vous saviez, mademoiselle, quelle est cette personne… c’est… c’est…

— Achève… c’est…

— Mon Dieu ! je… enfin Du Buisson était allé en voyage pour…

— Qu’entends-je ! — s’écrie Berthe palpitante. — Nominoë… lui… lui…


— Oui, mademoiselle…

— Joies du ciel ! Ah ! du moins, je l’aurai revu… Merci, mon Dieu, merci, — dit mademoiselle de Plouernel en joignant les mains avec force et levant au plafond son regard humide. Puis, s’adressant à Marion d’une voix profondément émue : — Qu’il vienne… qu’il vienne !