Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/326

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ver à Mezléan, où vous vous étiez retirée après l’incendie du château de Plouernel. Mon signalement était donné, ma tête mise à prix ; j’ai évité les villes, les bourgs, ne marchant que de nuit, m’arrêtant parfois durant le jour dans quelque métairie solitaire ou me cachant au plus épais des bois. J’ai pu ainsi arriver jusqu’ici… Maintenant, Berthe, oublions le passé, le présent, car, je vous l’ai dit, un éblouissant avenir apparaît à mes yeux. Il dépend de vous de…

Nominoë est interrompu par l’entrée subite de Marion, qui, en proie à une vive anxiété, s’écrie du seuil de la porte :

— Un officier du roi ! et des soldats… ils appartiennent aux compagnies arrivées aujourd’hui au bourg de Mezléan.

— Où est cet officier ? — dit Berthe sans s’émouvoir. — Que veut-il ?

— Visiter à l’instant le manoir, afin d’y rechercher, dit-il, un criminel. Le concierge a refusé d’ouvrir la porte sans votre ordre, mademoiselle ; l’officier menace de pénétrer ici de force !

— Ciel et terre ! ils ne me prendront pas vivant ! — s’écrie Nominoë, tirant à demi un poignard de sa ceinture. — Les soldats du grand roi n’auront pas le plaisir de me pendre… j’échapperai à leur infâme potence…

— Calmez-vous, ami, calmez-vous, — reprit mademoiselle de Plouernel avec un sourire tranquille et se dirigeant vers la porte du salon. — Viens, nourrice…

— Berthe, — dit vivement Nominoë, — où allez-vous ?

— Je vais demander à cet officier s’il a complètement perdu la raison ! Quoi ! des gens de guerre oser prétendre, à une heure avancée de la nuit, visiter la maison de mademoiselle de Plouernel, alors qu’elle se trouve seule en son logis ! Non, non, je vais engager ce gentilhomme à se montrer… plus gentilhomme et à retarder jusqu’à demain sa visite. J’ai, mon ami, l’assurance, voyez un peu mon orgueil ! j’ai, dis-je, l’assurance que cet officier s’estimera trop heureux, dans sa courtoisie, d’accéder à mon désir… Tout dépend, voyez--