Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/66

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ainsi que les écoliers qui frondent (se battent à coups de pierres lancées avec des frondes ), cessent de fronder dès qu’ils aperçoivent un des gens du lieutenant civil, et recommencent leurs jeux lorsqu’il a disparu. » — La plaisanterie circula, resta, les adversaires de la cour et de Mazarin furent surnommés les Frondeurs, et la guerre civile qui éclata bientôt garda le nom de Fronde. Les députés du Parlement continuaient leurs séances. Entre autres réformes urgentes et indispensables, les députés réclamaient du pouvoir royal la promulgation des deux arrêts suivants :

Défense, sous peine de mort, aux agents du fisc ou agents royaux, de lever aucune taxe autrement qu’en vertu d’édits vérifiés, approuvés, enregistrés avec liberté de suffrage, par les cours souveraines du Parlement.

Défense de détenir plus de vingt-quatre heures aucun citoyen sans l’interroger et le renvoyer devant son juge naturel.

Ces deux arrêts mettaient terme aux dilapidations de la cour et à ses vengeances, qu’elle assouvissait en emprisonnant, sans procédures, ceux qui encouraient ses ressentiments. Anne d’Autriche refusa nettement d’accéder à ces réformes et interdit aux députés de nouvelles réunions ; de cette interdiction, ils ne tiennent compte. La reine, outrée, fait arrêter, chez eux, les plus rebelles parmi ces canailles de robins, ainsi qu’elle disait : Bachaumont, les présidents Blanc-Ménil et Charton, les conseillers Lagné, Loisel, Benoît et Broussel. Ce dernier, vieillard vénérable, d’une bienfaisance évangélique, était adoré dans son quartier ; ses habitants se soulèvent en masse, indignés de l’emprisonnement de Broussel, si connu par sa charité, par son noble caractère et par son zèle pour la réforme des abus. L’insurrection, commencée dans un quartier, gagne bientôt tout Paris. Anne d’Autriche ordonne au maréchal de La Melleraye de se mettre à la tête du régiment des gardes et d’aller châtier ce mauvais peuple. Le maréchal obéit, ensuite de quoi il revient apprendre à son auguste souveraine qu’il a failli être assommé, que le