Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 12.djvu/96

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— Mon Dieu, ma chère, je voudrais, comme vous, pouvoir douter de la réalité, — reprit la marquise, interrompant sa nièce avec impatience, — mais ce doute ne m’est plus permis… et je me console en pensant à l’excellente influence que doit avoir, sur la santé de Raoul, ma présence, et surtout la vôtre…

— La mienne ?… — répondit tristement Berthe, — je voudrais l’espérer…

— Cela doit être pour vous, non pas une espérance, mais une certitude…

— Jusqu’à ce jour mon frère aîné m’a toujours témoigné tant de froideur !…

— Ma nièce, ce reproche… !

— Ce n’est pas un reproche… c’est l’expression d’un regret… Du reste, nous avons passé, Raoul et moi, notre enfance et notre première jeunesse presque étrangers l’un à l’autre. Il vivait près de mon père, moi près de ma mère… je ne saurais donc m’étonner de la froideur de Raoul.

— Vous vous méprenez, ma chère, sur ce que vous appelez, très à tort, sa froideur… Oubliez-vous donc qu’en vertu de son droit d’aînesse il est devenu le chef de notre maison, depuis la mort de mon frère ? Cette qualité de chef de notre maison confère à Raoul toute l’autorité que monsieur votre père et madame votre mère, de leur vivant, possédaient sur leurs enfants ; or, l’exercice de cette autorité impose à Raoul, dans ses relations avec vous et Guy, votre second frère, une réserve, une gravité, je dirai presque une sévérité qu’il ne faut nullement confondre avec la froideur ; il vous affectionne au contraire singulièrement. Mais j’ajouterai… et ne voyez point là l’ombre d’un blâme de ma part, — reprit la marquise d’une voix insinuante, — j’ajouterai seulement que certaines libertés de votre esprit, certaine façon téméraire d’envisager diverses choses à un point de vue complètement opposé à celui de Raoul, l’ont parfois, je ne dirai point indisposé contre vous… mais l’ont peut-être