Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 3.djvu/64

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J’écris et je signe ceci quarante ans après que ma femme Geneviève a vu mettre à mort ce jeune homme de Nazareth.

À toi, mon fils Judicaël, moi Fergan, fils de Péaron, je lègue, pour que tu les conserves et les transmettes à ta descendance, ces récits de notre famille et ces reliques : — la faucille d’or de notre aïeule Hêna, — la clochette d’airain de mon aïeul Guilhern, — le collier de fer de notre aïeul Sylvest, — et la petite croix d’argent que m’a laissée Geneviève.




Moi, Gomer, fils de Judicaël, j’avais dix-sept ans lorsque mon père est mort… il y a de cela (aujourd’hui où j’écris ceci) cinquante ans.

Ainsi que mon père l’avait prévu, ma vie d’esclavage a été, comme la sienne, monotone et morne, ainsi que celle d’une bête de somme ou de labour.

Je rougis de honte en songeant que ni moi, ni toi sans doute, mon fils Médérik, nous n’aurons rien à ajouter aux récits de nos aïeux ; car, hélas ! ils ne sont pas encore venus, et ils ne viendront peut-être jamais, ces temps dont parlait notre aïeule Geneviève, sur la foi de celui qu’elle appelle dans ses récits le jeune maître de Nazareth, et qui prophétisait qu’un jour les fers des esclaves seraient brisés.

À toi donc, mon fils Médérik, moi, Gomer, fils de Judicaël, je lègue, pour que tu les conserves et les transmettes à notre descendance, ces reliques et ces récits de notre famille.