Page:Sue - Les Mystères du peuple, tome 5.djvu/224

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groupe marchait Bertchramm, guerrier à barbe grise, et d’une physionomie rude et stupide. Amael fit quelques pas vers le comte ; celui-ci arrêta brusquement son cheval, laissa tomber ses rênes, se frotta les yeux comme s’il ne pouvait croire à ce qu’il voyait, et s’écria en contemplant d’un air ébahi le fils de Rosen-Aër : — Berthoald ! le comte Berthoald !

— Oui, c’est moi.. salut à toi, Bertchramm !

— C’est bien toi ?

— C’est bien moi.

Bertchramm, descendant de son cheval, courut au jeune homme pour le regarder de plus près, et s’écria : — C’est lui… c’est assurément lui ! Et que fais-tu là, avec ces mendiants et ces mendiantes ?

— Parle plus bas, — reprit Amael en lui faisant un signe mystérieux. — Je vais accomplir une mission de Karl.

— Ainsi nu-tête ? sans armes, tes habits souillés de boue et en guenilles ?

— Silence ! c’est un déguisement que j’ai pris pour ne pas éveiller les soupçons.

— Oh ! je le sais, tu es un fin compagnon ! Lorsque le bon Karl avait quelque affaire hardie et délicate, il te choisissait toujours ; car si nous étions aussi valeureux que toi, tu étais plus subtil que nous, et que moi surtout. Karl me disait d’habitude : « — Vieux Bertchramm, tu serais un fier homme si ta cervelle valait tes poings… » — Mais tu ignores sans doute que je suis chargé d’un message pour toi ?

— Quel message ?

— Je viens, moi et mes hommes, te remplacer à l’abbaye de Meriadek. Karl nous en fait don.

— Il est le maître de donner et de reprendre.

— Ne va point considérer ceci comme une disgrâce, Berthoald. Loin de là ! une lettre que je t’apporte te prouvera le contraire : Karl t’élève au rang de duk, et te réserve le commandement de son