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Page:Sue - Les misères des enfants trouvés II (1850).djvu/81

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— Eh bien ! oui… je pleure… c’est lâche… je le sais bien, — me répondit-il d’une voix désolée, — mais je ne peux pas m’en empêcher… On m’aurait coupé en morceaux qu’on ne m’aurait jamais arraché un cri… mais, à cette heure, je souffre au cœur comme si on me le tordait, et je pleure malgré moi.

Puis, revenant à la violence naturelle de son caractère, Bamboche ajouta entre ses dents :

— Mais je ne serai pas toujours aussi lâche !… va… de toi et d’elle… je me vengerai… Oh ! oui, je me vengerai…

— Je ne te demande qu’une chose — lui dis-je en souriant ; — c’est de ne pas faire d’imprudence et de te rétablir le plus tôt possible.

Bamboche crut que je le raillais ; il me répondit par un sourd gémissement de douleur et de colère.

— Oui, — repris-je, — parce que lorsque tu pourras te lever… je te conduirai chez Basquine, et tu verras si c’est moi ou toi… qu’elle aime…

Bamboche fit un brusque mouvement sur son lit, et me regarda fixement.

Sans doute il lut sur mon visage la sincérité de mes paroles, car son front s’éclaircit, et il s’écria :

— Elle m’aime !…

— Oh ! oui… va… elle t’aime bien aussi déjà !

— Mais elle ne m’a jamais vu qu’une fois chez son père…

— Mais moi, depuis qu’elle est ici, je lui ai parlé si souvent de toi… dès qu’elle a pu m’entendre… je lui ai dit tant de fois combien tu avais été malheureux, en lui racontant la mort de ton pauvre père, toutes tes misères avec le cul-de-jatte… et tout le mal que tu as eu ici… que…

— Tu lui as dit cela ? — s’écria Bamboche.

Et il semblait aspirer chacune de mes paroles, comme si elles lui eussent rendu l’espérance, le bonheur, la vie… Sa poitrine se dilatait, il renaissait.

— Tu as dit cela de moi ? — répétait-il.

— Et bien d’autres choses encore… Je lui ai dit que tu aurais pu