Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/100

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tombée à ses pieds, la Levrasse, craignant de perdre une pareille aubaine, s’écria :

— Allons, voyons, méchante… vous aurez vos quatre francs… mais j’y perds… Tenez… voilà encore deux francs.

Joséphine se rassit sur le banc, courba le front, et dit bien bas d’une voix tremblante :

— Je voudrais… garder… quand vous les aurez coupés… une toute petite tresse… de mes cheveux…

— Encore ! — s’écria la Levrasse ; — mais vous êtes insatiable, ma chère…

Puis, après un moment de réflexion, il reprit :

— Allons, il est dit que vous m’ensorcelez… Vous aurez votre petite tresse… mais une vraie queue de rat, pas davantage.

Et il approcha ses terribles ciseaux.

— Monsieur… arrêtez… — s’écria une jeune fille en saisissant le bras de la Levrasse… — ce n’est que quatre francs, après tout… et, en nous cotisant toutes, — ajouta-t-elle en consultant ses compagnes du regard…

— Oui… oui… c’est ça… cotisons-nous, — reprirent plusieurs voix.

— Vraiment… Vous crevez de faim… et vous faites les généreuses… — dit amèrement la Levrasse en se dégageant de l’étreinte de la jeune fille, qui l’empêchait de faire jouer ses ciseaux.

— Vous oubliez donc que le pain est cher…

Hélas ! cette fois encore, la misère paralysa les meilleurs instincts ; cette fois encore, la voix impérieuse