Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/107

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ma niaise ignorance. Quelquefois, il est vrai, certains principes, certains faits exorbitants m’étonnaient, mais ne m’indignaient pas… ils ne pouvaient pas m’indigner… À quelle école de morale et de vertu aurais-je appris cette indignation ?

Non, ainsi qu’un enfant élevé avec la plus tendre, avec la plus austère sollicitude, se sent de vagues préférences vers certaines qualités, certaines vertus, plus appropriées, si cela se peut dire, à son esprit, à son cœur, à son caractère, je sentais, depuis mon séjour chez la Levrasse, de vagues préférences pour certains vices : la paresse, la fourberie, le vagabondage, le vol même comme expédient extrême, m’inspiraient assez d’attraits ; mais les violences, les cruautés me répugnaient, et, malgré les érotiques et amoureuses confidences de Bamboche, je n’éprouvais pas encore le besoin d’aimer.

Et pourtant… (preuve évidente que généralement l’homme naît bon, ou, du moins, apte à tous les sentiments généreux), malgré les détestables exemples dont j’étais entouré, malgré les déplorables tendances qu’ils développaient chaque jour en moi, j’étais digne, j’étais capable d’accomplir tous les devoirs, tous les sacrifices que l’amitié impose… Et il en était de même de Bamboche ; plus d’une fois déjà il m’avait prouvé son dévoûment, quoique d’horribles enseignements eussent depuis long-temps plongé ce malheureux enfant dans une corruption bien plus profonde, bien plus haineuse que la mienne.

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Il était bientôt nuit, lorsque nous arrivâmes au bourg ;