Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/157

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enfin, peu-à-peu, amenée (et ceci était le plus grave) à regarder le mal que l’on pouvait faire comme de justes représailles, Basquine, prédisposée d’ailleurs à la corruption par le milieu où nous vivions, tomba bientôt, ainsi que j’y étais tombé, dans les funestes errements de Bamboche. L’influence qu’il exerçait sur elle, fut, dès lors, doublement puissante, et la pauvre petite créature en vint à aimer follement ce garçon, à éprouver pour lui une affection mêlée de tendresse et de frayeur, le ressentiment des mauvais traitements dont elle avait quelquefois à se plaindre cédant toujours à une admiration profonde pour l’indomptable énergie et pour la rare intrépidité de ce caractère.

Tout ceci, il est vrai, dans des proportions enfantines, mais complètes. Un grand penseur a dit, je crois, que les enfants étaient de petits hommes. Ce dont j’ai été témoin me prouve la vérité de cet axiome… surtout lorsque le ferment d’une corruption précoce a donné un développement trop hâtif à l’intelligence, et a fait prématurément éclore, chez les enfants, les passions ardentes de la virilité.

Quelques mots encore, et seulement en effleurant cette fange.

L’amour passionné de Bamboche pour Basquine avait été d’abord l’objet des railleries obscènes, puis des encouragements infernals de la troupe, et particulièrement de la Levrasse. (J’ai su depuis l’abominable calcul de cet homme contre lequel Bamboche nourrissait une jalousie d’instinct.)

Un jour, dans une farce sacrilège, on alla jusqu’à la parodie d’un mariage entre Bamboche et Basquine.