Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/162

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teint, quoique d’une clarté, d’une transparence qui annonçait la force et la santé, était pâle, et non plus de ce rose lacté particulier à la carnation de l’enfance… Autrefois timides, presque craintifs, ses grands yeux, d’un noir velouté alors, légèrement cernés, s’abaissaient sur la foule, vifs, libres, assurés, tandis qu’un sourire malin et hardi errait sur ses lèvres vermeilles, naguère encore si ingénues.

La toilette d’une bizarrerie effrontée dont on avait vêtue Basquine, loin de choquer notre public, lui devait plaire beaucoup.

Sur ses beaux cheveux blonds, rassemblés en deux grosses nattes qui tombaient presque à terre, Basquine portait, crânement posé de côté, un petit bonnet grec en étoffe écarlate, semé de paillettes d’argent ; son corsage, démesurément décolleté, aussi écarlate et argent, dessinait sa taille souple, et maintenait sa jupe au moyen de minces bretelles de clinquant, qui laissaient ainsi nus son cou, sa poitrine, ses épaules et ses bras d’une blancheur ferme et polie comme de l’ivoire ; sa courte jupe de satin bleu pâle, pailletée d’argent, s’arrêtant bien au-dessus du genou, découvrait un maillot couleur de chair, étroitement collé aux plus fins contours ; le pied, tout petit, se cambrait dans un brodequin de maroquin rouge bordé de fausse hermine.

J’ai vu et pu admirer depuis ce temps le marbre divin de l’Amour antique ; les formes jeunes, sveltes et pures de ce chef-d’œuvre m’ont rappelé singulièrement Basquine.

Tel était son costume, lorsqu’elle parut sur nos tréteaux pour chanter une scène avec le paillasse.