Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/220

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seau. En nous entendant, elle ouvrit ses grands yeux, et nous regarda, souriante et étonnée.

Nous sortîmes tous trois.

Quelques étoiles scintillaient encore ; le Levant commençait à s’empourprer ; l’air était d’une fraîcheur délicieuse ; mille senteurs aromatiques s’exhalaient des herbes baignées de rosée… La matinée s’annonçait digne de la soirée de la veille…

— Écoute Basquine… écoute Martin, — nous dit Bamboche en nous faisant asseoir à ses côtés sur l’un des blocs de rochers qui bordaient la pelouse, — il faut que nous nous parlions franchement, que chacun dise son idée sans honte… nous ne sommes que nous trois…

Basquine et moi, surpris de l’accent sérieux de Bamboche, nous le regardâmes en silence ; il continua :

— Pour vous mettre à l’aise… je vais commencer… vous vous moquerez de moi après si vous voulez… mais je serai franc…

— Nous moquer de toi… et pourquoi ? — lui dis-je.

— Parce que je caponne… parce que je renie le cul-de-jatte dont je vous ai tant parlé… parce que je me renie moi-même… Mais c’est égal… faut parler franc…

Puis s’adressant à moi :

— Frère, tu te rappelles comment notre amitié est venue ; d’abord je l’ai roué de coups, tu me les as rendus ; je t’ai repris en traître, lu t’es laissé faire ; ça m’a touché… je t’ai parlé de mon père.

— C’est vrai…

— Alors ça m’a attendri… tu t’es fourré dans l’attendrissement… et depuis, nous avons été frères…

— Oui… et nous le serons toujours…