Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/236

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— Allez jusqu’à Mortfontaine… vous en trouverez probablement. Vous irez d’un côté, Jacques ira de l’autre. Arrangez-vous ; mais tâchez de rapporter cette crème, sans cela M. Scipion tomberait dans une de ces convulsions si dangereuses pour lui.

Sans doute, habitués dès long-temps à obéir aux caprices enfantins de M. le vicomte, les deux domestiques montèrent derrière la voiture, après avoir dit aux postillons de prendre au grand trot la route de Mortfontaine.

— Je suis fâchée, Scipion, que vous ayez renvoyé ainsi la voiture, — dit la gouvernante, quelques instants après que les chevaux se furent rapidement éloignés, — le temps se couvre, il pourrait bien y avoir de la pluie et de l’orage avant le retour des gens.

— Qu’est-ce que ça me fait, à moi ?… Je veux de la crème, — répondit obstinément le vicomte, et, par passe-temps, il se mit à jeter du sable, de l’herbe et de la terre sur les reliefs de la collation à laquelle d’ailleurs Robert et Régina ne touchaient plus.

À la dévorante attention qu’avaient excitée en moi la vue de ce goûter succulent, succéda bientôt une préoccupation moins matérielle ; il me fut impossible de détacher mes yeux du charmant visage de Mlle Régina.

Jusqu’alors, ce que j’avais rencontré de plus joli, était Basquine ; mais Régina offrait avec la beauté de notre compagne un contraste si frappant, que l’admiration que l’on ressentait pour l’une ne pouvait nuire en rien à l’admiration que l’on ressentait pour l’autre.

Basquine était blonde ; mais son teint, d’abord d’un blanc rosé, était devenu, grâce à notre vie nomade et à nos exercices en plein soleil, mat et doré comme le