Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/246

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Elle tira sa bourse de sa poche, y prit trois pièces de dix sous, et après en avoir donné une à chacun des trois enfants riches, elle leur dit avec componction :

— Vous voyez, mes chers enfants, quelle différence il y a entre vous et ces pauvres petits misérables ; il faut avoir bon cœur et pitié d’eux : donnez-leur à chacun ces dix sous ; de plus, ils pourront prendre les restes de la collation.

— Mais, — dit timidement Régina, — Scipion a jeté dans tout du sable et de la terre…

— Soyez tranquille, Régina, — reprit la gouvernante, — ils ne feront pas les délicats pour un peu de sable ; ils n’auront de leur vie goûté à une chère pareille.

Puis, se retournant vers nous :

— On va vous donner quelques sous ; tendez vos blouses pour emporter les restes de la collation.

— Madame… — dit tristement Bamboche, — quelques sous et les restes de ce goûter ne changeront rien à notre position. Ce n’est pas cette aumône-là que nous demandons, — ajouta-t-il d’une voix suppliante, en joignant ses deux mains avec force ; — ce que nous vous demandons, c’est le moyen de travailler… de sortir de la mauvaise vie où nous sommes… et ce n’est pas avec la bourse… c’est avec le cœur qu’on fait cette aumône-là…

À son point de vue, la gouvernante devait croire avoir humainement fait pour nous tout ce qui était possible et raisonnable ; aussi, impatientée de l’insistance de Bamboche, elle lui dit aigrement :

— Puisque vous êtes si dégoûtés, si difficiles, allez-vous-en… laissez-nous tranquilles. On vous a donné