Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/252

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La tête exaltée par le vin que j’avais bu, la raison troublée par la beauté de Régina qui m’avait tant frappée, je courus à elle, et quoiqu’elle se cramponnât aux vêtements de la gouvernante en appelant au secours, je l’enlaçai brutalement dans mes bras : elle était si légère que, malgré sa résistance désespérée, je l’emportai facilement.

— Passe devant, Basquine, — dit Bamboche, — et fraie nous passage dans le fourré… Avant dix minutes il fera nuit… on aura perdu nos traces.

Aux débats convulsifs de Régina succéda une sorte de lassitude et de brisement, comme si les forces de cette malheureuse enfant eussent été à bout ; je la sentis s’alanguir entre mes bras, et sa tête retombant sur mon épaule, sa joue glacée toucha la mienne.

Nous avions alors déjà marché quelque temps au milieu du fourré ; épouvanté, malgré moi je m’écriai :

— Bamboche… la petite se trouve mal.

— Allons donc, — dit Bamboche avec un éclat de rire féroce et en continuant de traîner Scipion après lui ; — tout-à-l’heure tu la feras revenir.

Et la nuit étant tout-à-fait venue, nous nous enfonçâmes au plus profond de la forêt.


Fin du troisième volume.