Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/287

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cilement mon chemin à travers un dédale de sentiers qui coupaient les champs…

Après un quart d’heure de marche, je m’arrêtai sur une éminence d’où je pouvais voir encore la petite fenêtre de l’instituteur ; elle brillait au loin faiblement éclairée ; sur cette pâle lumière je vis se dessiner la silhouette de Claude Gérard, toujours assis sur le rebord de sa croisée et continuant sans doute à me suivre du regard…

Je descendis le versant du pli de terrain où je m’étais arrêté. La maison disparut à mes yeux, je continuai précipitamment ma course.

Plus je m’éloignais de cette espèce de phare de salut, plus mes bonnes résolutions s’affaiblissaient.

Je réfléchissais à quelle rude et misérable condition je me serais voué en acceptant les offres de Claude Gérard ; et bientôt, en comparant à l’avenir qu’il me proposait, cette vie oisive, joyeuse, vagabonde, remplie de hasards dont j’avais déjà goûté le charme irritant, cette vie, enfin, partagée surtout avec mes deux amis d’enfance, je ne comprenais plus mes hésitations récentes, et je gourmandais ma faiblesse.

Au bout d’une heure j’arrivai sur la grande route : je vis de loin, au sommet de la montée, cette croix de pierre auprès de laquelle nous nous étions donné rendez-vous en cas de poursuite.

La route, déserte et silencieuse, était éclairée en plein par la lune.

Je me croyais certain de rencontrer mes compagnons. Ils auraient pu fuir sans danger, mais ils devaient éprouver une vive inquiétude à mon sujet ; je les supposais incapables d’abandonner le pays, sans tenter au moins de