Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/29

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effrayé, je regardais la Levrasse d’un air hagard ; puis me souvenant des divers incidents de la veille :

— Et Bamboche ? — lui dis-je.

— Bamboche ? il est plus heureux que toi… il se dorlote au frais… il a congé… pour quelques jours.

Puis, après un silence, la Levrasse ajouta :

— Ah ! tu voulais te sauver, petit Martin ! on ne quitte pas ainsi papa et maman… ce n’est pas gentil.

— Où est Bamboche ? je veux le voir, — m’écriai-je… — Que lui avez-vous fait hier ?

Et comme la Levrasse me répondait par une grimace sardonique, en me montrant la porte, je me tus, réfléchissant à l’inutilité de mes questions, mais bien décidé à profiter de la liberté qu’on me laisserait pour me rapprocher de mon compagnon.

Lorsque j’arrivai dans la cour avec la Levrasse, je trouvai la mère Major, qui, déployant sa force herculéenne, aidait un charretier à faire glisser le long des branches d’un de ces longs baquets dont se servent les conducteurs de tonneaux, une caisse assez pesante et de forme singulière, où était renfermé l’homme-poisson, ainsi que l’annonçait un énorme écriteau, composé de lettres rouges sur un fond blanc, et portant ces mots :


L’HOMME-POISSON,
Pensionnaire de Monsieur la Levrasse, artiste acrobate.


Cette caisse, oblongue, ressemblant assez à une grande baignoire carrée et à pans coupés, était surmontée d’une capote de tôle. Deux jours circulaires et vitrés de verre dépoli, éclairaient l’intérieur de cette