Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/299

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— Je me félicite davantage encore, s’il est possible, mon enfant, d’être venu à toi… Quelque temps de plus passé dans le vagabondage, et ta réhabilitation eût été, sinon impossible, du moins bien difficile… Ce qui t’a soutenu, ce qui t’a à demi sauvé, vois-tu ? c’est l’amitié, c’est l’affection dévouée, profonde, que tu avais pour tes amis… et qu’ils avaient pour toi. Il a suffi de la présence d’un seul bon et généreux sentiment dans leur cœur et dans le tien pour préserver vos âmes d’une corruption complète… Oui, c’est parce que vous avez aimé que vous êtes restés meilleurs que tant d’autres à votre place !… Oh ! béni soit l’Amour, — dit Claude Gérard avec une expression ineffable ; — il peut sauver l’homme comme il peut sauver l’humanité.

Je ne sais pourquoi les mots de Claude Gérard me rappelèrent peut-être plus douloureusement que je ne l’avais encore éprouvé, la perte de mes compagnons ; je fondis en larmes.

— Qu’as-tu ? — me demanda-t-il avec bonté.

— Rien… Monsieur… — lui dis-je en tâchant de retenir mes pleurs, craignant de blesser mon maître par mes regrets.

— Voyons, mon enfant, — me dit Claude Gérard de cette voix pénétrante et douce dont je subissais déjà l’influence, — voyons… prends l’habitude de me tout dire… Si tu as pensé mal… si tu as fait mal… je ne te blâmerai pas… je te montrerai le mal… et le pourquoi du mal…

— Eh bien !… Monsieur… quand cette nuit j’ai trouvé ce châle et ces pièces d’argent au milieu d’une mare de sang ; quand, après avoir appelé mes com-