Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/333

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— On ne peut pas non plus l’arracher de la tombe de sa mère, — dit Gertrude au mulâtre ; — que voulez-vous que je fasse ?

Le mulâtre haussa les épaules, et, s’approchant de l’enfant, lui dit :

— Mademoiselle… j’ai l’ordre de vous ramener aussitôt que tout cela sera fini… M. le baron, votre père, le veut ainsi… veuillez donc me suivre.

Régina ne changea pas de position.

— Mademoiselle, — reprit le mulâtre, — je vous en prie… venez… ou je serai obligé de vous emporter.

L’enfant ne bougea pas.

— Il faut en finir, pourtant, — dit le mulâtre.

Et il s’approcha vivement afin sans doute de la prendre entre ses bras.

Je m’attendais à des pleurs, à des débats pénibles… il n’en fut rien…

Régina se laissa emporter sans aucune résistance, sans prononcer une seule parole.

Seulement, lorsqu’elle fut entre les bras du mulâtre, elle tourna la tête vers la fosse… sur laquelle elle continua d’attacher un regard fixe, obstiné, comme celui dont elle avait suivi le cercueil… Tant qu’il lui fut possible d’apercevoir la terre fraîchement remuée, l’enfant ne la quitta pas des yeux… envoyant de temps à autre, dans l’espace, un dernier baiser d’adieu.

Bientôt Gertrude et le mulâtre, qui emportait Régina, tournèrent la haie, et je les perdis de vue.

Quelques minutes après, les chevaux, lancés au galop, emmenaient la voiture.