Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/38

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Le couvercle de la boîte se leva.

Un homme de petite taille en sortit lentement, péniblement, comme s’il avait eu les membres raidis par un long engourdissement. Ce qui me frappa tout d’abord, ce fut de voir complètement sèche l’espèce de longue robe sans manches ou de sac dont ce personnage était enveloppé, et qui cachait complètement ses bras ; je m’attendais à le voir, au contraire, ruisseler comme un fleuve, en me rappelant les deux ou trois seaux d’eau versés par la Levrasse dans l’entonnoir qui communiquait à la boîte.

Léonidas Requin (c’était son nom, nom véritablement prédestiné) paraissait âgé de vingt-cinq ans ; ses traits irréguliers et grotesques, fidèlement reproduits, eussent ressemblé à une ébauche tracée par une main inexpérimentée : ainsi, l’œil droit, à la paupière supérieure toujours à demi baissée, par suite d’une infirmité naturelle, était placé beaucoup plus haut que l’œil gauche, toujours bien ouvert. De ceci résultait le plus singulier regard du monde. Le bout du long nez de Léonidas, au lieu d’être perpendiculaire à sa racine, empiétait considérablement sur la joue gauche, grave incorrection, qui faisait paraître la bouche ridicule, quoiqu’elle fût à-peu-près à sa place et largement dessinée par deux lèvres épaisses, au-dessous desquelles le menton fuyait brusquement ; la crâne était vaste, la chevelure rare, d’un châtain fade et sans reflets ; quelques petits bouquets de barbe de même nuance pointaient depuis plusieurs jours à travers une peau blafarde cruellement sillonnée par les marques de la petite vérole.