Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/387

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il fut facile alors d’arriver à forcer Claude Gérard à abandonner la commune.

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Les derniers moments que je passai auprès de l’instituteur seront toujours présents à ma pensée.

Vers la fin de décembre 1832, lui et moi nous étions réunis dans le réduit, séparé de l’étable par des claies à troupeaux.

Un jour sombre, pluvieux, pénétrait à travers la petite fenêtre par laquelle je m’étais introduit, huit ans auparavant, chez l’instituteur pour le voler en compagnie de Bamboche et de Basquine. (Je dois dire, pour atténuer quelque peu cette honteuse action, que, grâce à mon travail comme aide-charpentier, j’étais parvenu en deux années à rembourser cette somme à Claude Gérard, qui put ainsi restituer le dépôt qu’on lui avait confié.)

Ce matin-là donc, à la pâle lueur de l’aube d’un jour d’hiver, Claude Gérard marchait dans la chambre à pas lents, muet et le front courbé.

Assis sur le grabat où j’avais passé la première nuit de mon entrée dans cette humble maison, j’appuyais nonchalamment une de mes mains sur un petit sac de voyage déposé à côté de moi.

Claude Gérard, vêtu selon sa coutume, d’une mauvaise blouse et chaussé de sabots où s’enfonçaient ses pieds nus, avait beaucoup vieilli ; des rides nombreuses creusaient son visage, ses cheveux grisonnaient déjà vers les tempes, mais l’expression grave et doucement mélancolique de ses traits était toujours la même. Seulement à ce moment son visage semblait contracté par une violente émotion, qu’il tâchait de comprimer. Enfin,