Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/42

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à la vénération, presque à la superstition, lorsqu’il me rendait, en apparence vierge de tout accroc… une culotte d’écolier de sixième… (c’est tout dire), que je lui avais apportée, dans quel état, grand Dieu !

» Je dois avouer aussi que l’immobilité de corps à laquelle vous assujettit cette belle profession, qui transfigure si merveilleusement les vieilles nippes, me séduisait beaucoup ; car, chétif et poltron, j’ai horreur du mouvement ; un secret pressentiment me disait aussi qu’étant moralement très-timide, et physiquement très-laid, d’une laideur ridicule et bête, avec un œil perché en haut et l’autre en bas, sans compter mon long nez de travers, ces désavantages ne nuiraient en rien à mon état de tailleur,… et à la confiance que pourraient me témoigner mes pratiques.

» Malgré ces heureuses dispositions, mon avenir fut détruit par la folle vanité de mon père… et fient et facta ista sunt ! (et ces choses se sont commises et se commettront toujours, ) comme dit… le divin Sénèque.

» C’était le soir de la distribution des prix ; mon père avait vu passer devant sa loge tant d’élèves couronnés de chêne et portant sous le bras de beaux volumes reliés ; il avait été tellement exalté par les fanfares de la musique de la loterie qui faisait explosion après la nomination de chaque lauréat ; il avait enfin été tellement frappé des paroles de Monseigneur le ministre de l’instruction publique qui daignait honorer la cérémonie de sa présence, et avait proclamé les jeunes élèves la gloire future de la france, que, le soir même, mon père supplia M.  Raymond de me prendre par cha-