Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/430

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— Alors donnez-moi une bouteille d’eau-de-vie — repartit mon voisin de sa voix lente et rauque.

— Une bouteille cachetée, Monsieur ? — demanda cette fois le garçon avec une certaine considération — tout ce que nous avons de meilleur en eau-de-vie ?

— Au contraire… une bouteille d’eau-de-vie pareille à celle que vous servez aux chiffonniers s’il en vient… et payez-vous.

— C’est un Anglais — dit le garçon à demi-voix en s’éloignant,

De plus en plus surpris, j’observais curieusement cet homme, sans pour cela perdre de vue la porte du cabaret par laquelle j’espérais toujours voir arriver Bamboche.

Le garçon revint, plaça la bouteille et un petit verre sur la table, ainsi que la monnaie restant de la pièce d’or.

— Donnez-moi un grand verre — dit mon voisin, et, repoussant du doigt une pièce de vingt sous, il fit signe au garçon de la prendre comme pour-boire…

— C’est un milord — dit le garçon toujours à demi-voix en courant chercher un grand verre qu’il apporta avec empressement.

Mon voisin empocha, sans la compter, la monnaie que l’on venait de lui rendre, se versa un demi-verre d’eau-de-vie, et le vida d’un trait.

Puis, appuyant le derrière de sa tête sur la muraille à laquelle était adossé notre banc, il resta immobile, regardant d’espace, et frappant en cadence, du bout de ses doigts, la toile cirée de la table.