Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/446

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Et comme j’insistais en élevant la voix, cet homme me dit brutalement :

Ah ça ! faut-il que je vous mette dehors ? Je suis de taille, comme vous voyez, — ajouta-t-il en me montrant sa carrure et ses bras vigoureux.

— Et moi aussi, — lui dis-je exaspéré, — je suis de taille à vous résister… je ne sors pas d’ici que vous ne m’ayez fait rendre ou remplacé mes habits… la garde viendra… soit, nous nous expliquerons… je ne crains rien.

— C’est comme ça, — me répondit l’hôte ; — eh bien ! au lieu de batailler, nous allons aller chez le commissaire et nous verrons… Il ne manquerait plus que cela… Pour quatre mauvais sous qu’on me donne… risquer de répondre de cinquante ou soixante francs d’habits… Allons, en route chez le commissaire.

L’assurance de cet homme, son raisonnement qui, je l’avoue, me paraissait juste, surtout en me rappelant ses paroles de la veille, je ne réponds que de ce que je garde ; cette réflexion, juste aussi, qu’en supposant même que l’hôtelier fût condamné à m’indemniser de mes habits volés, cette indemnité ne me serait accordée qu’après un procès jugé, et combien de jours, de semaines, se passeraient avant le jugement ! réfléchissant enfin que, par ses relations sans doute fréquentes avec des gens aussi malheureux que moi, cet homme pouvait m’être utile, je lui dis dans ma résignation amère :

— Soit, Monsieur ; on m’a dépouillé chez vous. Vous n’êtes responsable de rien ; je ne le pense pas. Mais enfin je consens à vous épargner un scandale toujours