Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/448

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— C’est ça. — dit l’hôte en haussant les épaules, — comme tant d’oisons, pour chercher fortune à Paris, n’est-ce pas ?

— Enfin, Monsieur, quel que soit le motif qui m’ait amené ici, voilà ma position : je suis jeune, robuste, rompu à la fatigue, au travail, j’ai bon courage… je ne demande qu’à gagner mon pain.

— Eh pardieu ! j’entends bien, il y en a des milliers qui demandent ça et qui ne le trouvent pas… Pourtant vous pouvez essayer d’aller sur le port, vous trouverez peut-être quelques sous à gagner, en aidant à décharger les bateaux… mais, attention, faudra jouer du poing et dur, vous serez nouveau, les anciens ne vous laisseront pas mordre à leur pain sans vous cogner… À toi ! à moi ! la paille de fer… atout pour les crânes !

— Ainsi pas d’autre alternative ?

— Vous pourrez bien aussi, à la sortie des spectacles, ouvrir la portière des fiacres ; mais faudra encore se cogner… parce que là aussi il y a des anciens ; et puis, voyez-vous ? tous ces métiers-là… c’est toujours peuplé de filous, de repris de justice ou autres crapules, et pour un jeune homme qui veut marcher droit, ça peut mal tourner.

— Je ne crois pas cela… on peut être honnête partout… Merci, du moins. Monsieur… de vos conseils… vous me direz où est le port… je commencerai par là.

Malgré sa rudesse et son endurcissement, causé sans doute par l’habitude devoir tant de misères hideuses, cet homme parut touché de ma position ; il voulut m’être