Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/451

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bles et un bonnet grec autrefois rouge ; j’endossai ma veste, je mis le bougeron par-dessus, je cachai mon portefeuille dans ma poche, avec les quelques sous qui me restaient, et je quittai l’hôte, qui me dit encore :

— Croyez-moi, mon garçon, cognez le premier sergent de ville, ou cassez le premier carreau de boutique que vous rencontrerez, et vous serez hébergé pour votre hiver.

Je quittai ce singulier Mentor, la mort dans le cœur ; cédant à un dernier et vague espoir, je voulus aller une fois encore impasse du Renard ; peut-être serais-je plus heureux que la veille, et trouverais-je Bamboche.

En demandant mon chemin, il me fut facile de retrouver l’impasse ; j’arrivais à peine dans le petit champ qui séparait cette ruelle sans issue des maisons du faubourg, lorsque je vis un grand rassemblement de monde, et, plus loin, luisant au-dessus des têtes de la foule, des baïonnettes de soldats ; je m’approchai et m’informai.

— C’est un nid de contrebandiers que l’on vient de découvrir au n° 1 de l’impasse (la maison de Bamboche), mais la police est venue trop tard, — me répondit-on, — on a trouvé des marchandises et d’autres choses suspectes, mais les contrebandiers avaient filé ; on dit qu’ils avaient eu hier vent de la chose, et à cette heure ils sont loin.

Je m’expliquai l’apparition du cul-de-jatte la veille au cabaret des Trois-Tonneaux, et l’air alarmé de cet homme : il venait sans doute prévenir Bamboche de ne pas retourner dans cette maison.