Page:Sue - Martin l'enfant trouvé, vol. 3-4.djvu/70

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toutes parts, mon chapeau était devenu un objet sans forme et sans nom ; depuis la veille, je ressentais les besoins dévorants d’une faim canine, et je ne savais où coucher le soir, n’ayant plus un liard dans ma poche.

» Marchant au hasard, j’arrivai par la rue Dauphine au Pont-Neuf, et je suivis machinalement les quais, repassant en désespoir de cause, toutes mes maximes de philosophie classique : plusieurs entr’autres, auxquelles je m’étais quelquefois arrêté, me revinrent alors à l’esprit, elles étaient, celles-là, d’une application pratique et immédiate :

Nam ut quandoque moriaris, etiam invito positum est ; ut quum voles, in tua manu est — quid in mora est ? Nemo te tenet ; evade, qua visum est ! Elige quamlibet rerum naturæ partem ! Quam tibi præbere exitum jubeas ! Haec nempe sunt et elementa, quibus hic mundus administratur, aqua, terra, spiritus ! Omnia ista, tam causæ vivendi sunt, quam viæ mortis, etc., etc.

(Mourir un jour quand tu ne le voudrais pas, voilà ton obligation, mourir dès que tu le voudras, voilà ton droit. Que tardes-tu ? Nul ne te retient ? Fuis par où tu l’aimeras le mieux : choisis dans la nature lequel des éléments que tu chargeras de t’ouvrir une issue. Ces trois grandes bases qui constituent l’ensemble des choses, — l’eau, la terre, l’air, sont à la fois sources de vie et agents de mort, etc, etc.)

» Cette large, commode et franche doctrine du suicide ne m’avait jamais paru plus sage qu’en ce moment. Je regardai la rivière qui coulait à ma gauche ;