Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/201

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Vous qui m’aiderez dans mon agonie,
          Ne me dites rien.
Pour allégement un peu d’harmonie
          Me fera grand bien.

Vous irez chercher ma pauvre nourrice
          Qui mène un troupeau,
Et vous lui direz que c’est mon caprice,
          Au bord du tombeau,

D’entendre chanter tout bas, de sa bouche,
          Un air d’autrefois,
Simple et monotone, un doux air qui touche
          Avec peu de voix.

Vous la trouverez : les gens des chaumières
          Vivent très longtemps,
Et je suis d’un monde où l’on ne vit guères
          Plusieurs fois vingt ans.

Vous nous laisserez tous les deux ensemble :
          Nos cœurs s’uniront ;
Elle chantera d’un accent qui tremble,
          La main sur mon front.