Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/230

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Et la marguerite encor blanche,
Quand la terre a bu tant de sang ?

Quand la sève qui les colore
N’est faite que de sang humain,
Comment peuvent-elles éclore
Sans une tache de carmin ?

Leur semble-t-il pas que la honte
Des vieux parterres envahis
Jusqu'à leur corolle monte
Des entrailles de leur pays ?

Sous nos yeux l’étranger les cueille ;
Pas une ne lui tient rigueur
Et, quand il passe, ne s’effeuille
Pour ne point sourire aux vainqueurs ;

Pas une ne dit à l’oreille :
« Je suis cette fois sans parfum ! »
Au papillon qui la réveille :
« Cette fois tu m’es importun ! »

Pas une, en ces plaines fatales
Où tomba plus d’un pauvre enfant,