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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

n’envoyait pas, par tous les vaisseaux, des viandes salées, » tant les cultures étaient encore restreintes par toute la colonie. La même année fut signalée par un soulèvement des Chickassas, que Bienville réussit à réprimer, en faisant agir les Chactas, sans risquer la vie d’un seul Français.

Ce gouverneur venait de diviser la colonie en neuf provinces et de promulguer divers règlements de grande importance, lorsque, le 16 février 1724, il reçut ordre de se rendre à Paris y expliquer sa conduite. Le mois suivant, il publia au nom du roi, un code noir, dans lequel il ordonne l’expulsion des juifs et interdit tout autre culte que celui de la religion catholique. M. de la Tour, enseigne des troupes royales, le remplaça par intérim en attendant que M. Dugué de Boisbrillant fût revenu des Illinois. Le 6 septembre les forces militaires de la colonie se composaient de dix compagnies, commandées par les officiers dont les noms suivent, avec date de nomination : 1714, Marigny de Mandeville ; 1717, de la Tour, d’Artaguette ; 1719, Du Tisné, Lamarque ; 1720, Leblanc, Desliettes, Marchand de Courcelles, Renault d’Hauterive et Pradel.

Rendu en France, Bienville présenta aux autorités un mémoire dont voici quelques extraits : « Il y a trente-quatre ans que le sieur de Bienville a l’honneur de servir le roi, dont vingt sept en qualité de lieutenant de roi et de commandant de la colonie. En 1692, il fut reçu garde de la marine ; il a été sept ans et a fait sept campagnes de long cours, en qualité d’officier, sur les frégates du roi armées en course. Pendant ses sept campagnes, il s’est trouvé à tous les combats que le feu sieur d’Iberville, son frère, a livrés sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, l’île de Terreneuve et la baie d’Hudson, et, entre autres, à l’action du nord[1] contre trois vaisseaux anglais, et y fut dangereusement blessé à la tête. En 1698 il s’embarqua avec le sieur d’Iberville, qui commandait deux frégates du roi, pour la découverte de l’embouchure du fleuve Mississipi, que feu M. de la Salle avait manquée. Étant arrivé à la côte, il fut détaché, avec son frère, dans deux chaloupes avec lesquelles, après des risques infinis, il découvrit le fleuve. » Puis passant en revue ce qu’il a fait à la Louisiane, il ajoute : « Le sieur de Bienville ose dire que l’établissement de la colonie est dû à la constance avec laquelle il s’y est attaché, pendant vingt-sept ans, sans en sortir, après en avoir fait la découverte avec son frère d’Iberville. Cette attachement lui a fait discontinuer son service dans la marine, où sa famille est bien connue, son père ayant été tué par les sauvages du Canada et sept de ses frères étant morts aussi dans le service de la marine, où il reste encore le sieur de Longueuil, gouverneur de Montréal, le sieur de Sérigny, capitaine de vaisseau, et le sieur de Châteauguay, enseigne de vaisseau, lieutenant de roi de la Louisiane. » Mais la cabale était toute puissante. M. Périer fut nommé gouverneur en date du 9 août 1726 ; Le Moyne de Châteauguay perdit sa place de lieutenant de roi ; les neveux de Bienville, les sieurs de Noyan, l’un capitaine, l’autre enseigne, furent appelés en France, ainsi que Dugué de Boisbrillant et plusieurs fonctionnaires, pour rendre compte de leur conduite.

  1. Voir Garneau Histoire du Canada, I. 368-71.