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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

monsieur, de vous marquer, l’an passé, qu’il me faudrait soixante et dix à quatre-vingts hommes pour venir à bout de cette découverte. C’est à vous à déterminer qui en fera la dépense ; s’il convient que le roi s’en charge, ou si ce sera la compagnie d’Occident, ou une communauté de marchands du pays… »

Le 3 novembre 1728, le père de Gonor avait écrit une lettre destinée à accompagner le rapport de la Vérendrye. Le tout était parvenu en France ; lorsque le second rapport (1729) dont le texte vient d’être cité, eut aussi été reçu à Québec, le mémoire suivant fut dressé pour l’usage des ministres. C’était probablement dans les premiers jours de l’année 1730 ; « Mémoire sur la découverte d’une grande rivière qui a flux et reflux courant à l’ouest du lac Supérieur par le nord qui peut servir à la découverte de la mer de l’ouest. Le sieur de la Véranderie, enseigne en Canada, commandant au lac Nipigon, rapporta, en 1728, que le nommé Pako, chef des Sauvages habitués à Camanistigoya, étant parti de son village pour aller en guerre vers le soleil couchant, arriva en peu de jours à la hauteur des terres, où il trouva un grand lac qui a trois décharges. La première qui va au nord et conduit jusqu’à la mer ; la seconde au sud et se rend au fleuve de Mississipy ; et la troisième, qui est la plus grande, descend droit au soleil couchant. C’est cette dernière, sur laquelle ce Sauvage et ses gens s’embarquèrent, et, après trois jours de marche, ils arrivèrent au flux et reflux, ce qui les épouvanta et ne poussèrent pas outre. Cependant, l’un d’eux qui avait vu la mer à la baie d’Hudson, ne fut point effrayé du flux et reflux et dit que ce n’était point autre chose que la mer. Les Sauvages d’un village qui était proche leur dirent qu’on ne pouvait y aller en canot. Là, ils apprirent de ces Sauvages que leurs ancêtres avaient été autrefois par terre jusqu’à la vue d’un grand lac dont l’eau est si mauvaise qu’il est impossible d’en boire et où il a quantité de villages. Cette rivière à l’endroit du flux et reflux est très large et l’eau en est mauvaise. Les Sauvages font des cabanes en terre faute de bois ; ils labourent la terre avec des chevaux ; ils ont quantité de grains ; le climat est beau et les hommes y sont robustes. Il y a quantité de mines, entr’autres une dont ils font grand cas : c’est une source dont l’eau est rougeâtre, elle teint en couleur d’or en la faisant bouillir, et forme une petite rivière qui roule sur ses bords un sable couleur d’or plus pesant que le sable commun. Qu’à dix jours de marche plus loin il y avait une nation de petits hommes d’environ trois pieds et une autre nation ensuite qui parle comme les Français, et qu’il y a une petite montagne de pierres luisantes qu’on dit être fort respectée des Sauvages du pays.[1] Une nouvelle relation[2] du dit sieur de la Véranderie, envoyée par M. le marquis de Beauharnois le 25 octobre 1729, porte : Que Tacchigio, chef des sauvages Cris, ou Christinaux, accompagné de plusieurs autres Sauvages, est venu l’automne dernier au fort de Camanistigoya, qu’il lui a dit avoir été plusieurs fois jusqu’au lac du grand fleuve de l’ouest et lui a fait le même récit contenu dans la relation précédente — à quoi il ajouta que la rivière qui va à l’ouest passait toutes les autres par sa largeur, et, lui faisant ensuite l’explication de plusieurs grosses rivières qu’il

  1. Ici se termine le résumé du rapport que de La Vérendrye avait livré au père de Gonor.
  2. Écrite au printemps de 1729. Nous venons de la mettre sous les yeux du lecteur.