Page:Sulte - Histoires des Canadiens-français, 1608-1880, tome VI, 1882.djvu/168

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
152
HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

La réponse qui arrivra de Paris en 1730 ou au commencement de 1731 était décourageante : aucun secours n’était à espérer. Le cabinet se bornait à regarder, les vues de La Vérendrye comme choses assez raisonnables, possibles même lorsque le temps serait venu de débourser de l’argent pour cet objet. Restait cependant une planche de salut. La Vérendrye s’y accrocha désespéramment : Le gouverneur était libre d’accorder des privilèges de traite, moyennant qu’une compagnie fût formée pour les exploiter sous certaines conditions, bien définies. Faute d’un pain tout entier, le sage prend la moitié, dit le proverbe : cette fois on en eut à peine le quart. La décision du ministre qui rendit à La Vérendrye son grade de lieutenant ne paraît pas être de l’année 1730 ; elle coïncide, néanmoins d’assez près avec l’approbation donnée au plan de cet officier concernant la découverte des pays du nord-ouest. M. de Beauharnois avait sollicité ces deux grâces, tant pour réparer l’injustice commise à l’égard d’un excellent serviteur du roi que pour mettre à l’épreuve les plans de La Vérendrye et du père de Gounor. Il fut donc réglé, à Québec, que l’on établirait un ou plusieurs postes, selon le besoin, au lac Ouinipeg et que La Vérendrye et sa compagnie marchande se rembourseraient de la dépense ainsi encourue, par l’exercice du monopole de la traite des fourrures dans ces régions. M. de Beauharnois espérait que, une fois les explorateurs installés au milieu des pays nouveaux, le ministre se déciderait à leur venir en aide et fournirait les moyens de poursuivre jusqu’à la mer. Bon gré, mal gré, il fallait se payer d’espérances. La Vérendrye se rappelait peut-être que, cinquante ans auparavant, son père recevait un si mince traitement que l’on s’était cru en conscience obligé de lui permettre de violer les lois sur la traite pour se refaire et donner du pain à sa famille. L’entreprise de la découverte du nord-ouest n’aurait pas été poussée plus loin en ce moment sans l’homme de résolution qui l’avait conçue. Voyant que sa seule chance de réussite était encore de se conformer aux nécessités imposées par la politique étroite du conseil du roi, et se mit à la recherche d’actionnaires qui voulussent bien lui confier des fonds et la direction de la besogne. Par un traité, signé le 19 mai 1731 en présence de M. de la Chassagne, gouverneur de Montréal, La Vérendrye s’associa quelques personnes qui firent les avances des marchandises et des équipements, et le 26 août, après avoir passé à Michillimakinac, où il avait pris le père Messager pour missionnaire, il était au grand Portage du lac Supérieur, quinze lieues au sud-sud-ouest de Kamanistigoya. Il avait avec lui cinquante hommes.

La Vérendrye, alors âgé de près de quarante-six ans, n’amena probablement aucun de ses fils dans sa première expédition, car l’aîné ne pouvait avoir guère plus de dix-sept ans à cette époque, mais son neveu Christophe de la Jemerays, âgé de vingt-deux ans et demi, lui rendit de très grands services dans le trajet si difficile du lac Supérieur au lac la Pluie.

Cent quatorze ans plus tard, M. l’abbé Taché, qui est aujourd’hui archevêque du nord-ouest, suivant la route de La Vérendrye pour atteindre ces lointaines missions, écrivait du lac Supérieur : « Nous allions laisser le grand fleuve, sur les bords duquel la Providence a placé mon berceau, sur les eaux duquel j’eus la première pensée de me faire missionnaire de la rivière Rouge. Je bus de cette eau pour la dernière fois ; j’y mêlai quelques larmes et lui