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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

sauvages domiciliés dans la colonie. Ces pauvres gens étaient venus à nous après la destruction des bandes ou petites nations auxquelles ils appartenaient et la pitié les avait recueillis. Leur histoire, poussée au delà de ces simples limites, est de l’exagération toute pure. Deux faits, qui ne contredisent point cette donnée générale, nous montrent quelques différences dans l’origine de deux de ces villages : au saut Saint-Louis et à la montagne de Montréal, les jésuites et les sulpiciens avaient commencé par rassembler des Iroquois chrétiens, ou disposés à le devenir, et ce n’est que plus tard que ces lieux servirent de véritables refuges aux autres sauvages réduits à la misère et à l’abandon, par suite des combats qui anéantissaient leurs tribus, ou des fléaux (la picotte par exemple) dont celles-ci avaient souffert les ravages. Les Hurons de Lorette, les Abénaquis de Bécancour et Saint-François, les Iroquois des environs de Montréal venaient du Haut-Canada, de l’État de New-York et de l’Acadie. Quant aux sauvages du Bas-Canada, les Algonquins, ils eurent, durant quelques années, un établissement à Sillery, puis un autre, de courte durée, au cap de la Madeleine ; ensuite on les voit dispersés à Saint-François, à Bécancour et au lac des Deux-Montagnes, en compagnie de nations diverses attirées comme eux par le besoin de se mettre sous l’égide des Français.

Quelques troupes envoyées ici après la guerre et licenciées, se mirent à ouvrir des habitations le long du fleuve, dans le gouvernement de Montréal, vers 1699. C’était l’heure où Vauban proposait au roi un plan de colonisation militaire, trop militaire, quoique très bon sous certains rapports, et dont la mise en pratique eût porté la population du Canada au chiffre de cent mille âmes en 1730. Vingt années après 1699, nous n’avions pas reçu cent soldats, et peut-être encore moins de colons.

Au plus fort de la guerre de la succession d’Espagne (1709), le gouvernement de Québec fournissait deux mille deux cents miliciens ; celui de Montréal douze cents, et celui des Trois-Rivières quatre cents. On comptait deux cent matelots, trois cent cinquante hommes des troupes royales et cinq cents sauvages.

Dans un mémoire que M. Aubert de la Chesnaye écrivit vers ce temps, il s’exprima de la façon suivante : « Pour ce qui est de la bravoure des Canadiens, quand elle ne serait pas née avec eux en tant que Français, la manière de faire la guerre des Iroquois et autres sauvages de ce continent qui brûlent vifs quasi toujours leurs prisonniers, avec des cruautés incroyables, met les Français dans la nécessité d’envisager la mort ordinaire dans les combats comme un bien, au prix d’être pris vifs ; ce qui fait qu’ils se battent en désespérés et avec une très grande indifférence de la vie. » Après avoir dit que les gens de Montréal ne veulent pas fortifier leur ville et qu’ils se reposent beaucoup sur leur valeur, Charlevoix ajoute : « Nos Canadiens ont tous, sur cet article, assez bonne opinion d’eux-mêmes, et il faut convenir qu’elle n’est pas mal fondée, mais par une suite de la confiance qu’elle leur inspire, il n’est pas si malaisé de les surprendre que de les battre… Il n’y eût jamais de troupes par lesquelles on réussit moins par la hauteur et la dureté que les milices canadiennes, très aisées d’ailleurs à conduire lorsqu’on sait s’y prendre d’une manière toute opposée et