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HISTOIRE DES CANADIENS-FRANÇAIS

le mari nu tête et en chemise, la femme nue en chemise depuis les épaules jusqu’à la ceinture, pour demander pardon à Dieu, au roi et à la justice ; ensuite conduits à l’échafaud, où le mari sera lié sur une croix de Saint-André ; l’exécuteur des hautes œuvres, prenant alors une barre de fer lui en appliquera un coup sur le bras droit et brisera l’os de ce membre, puis le patient sera étranglé ; le bourreau, saisissant sa barre, lui rompra l’autre bras et les deux jambes, le tout en présence de sa femme, qui sera pendue à son tour et ensuite exposée sur une roue en haut du cap Diamant. L’année suivante, un meurtrier est rompu vif, sur la croix, à coup de barre, puis pendu ; le cadavre est exposé durant sept heures sur la roue ; finalement, on le place sur des fourches patibulaires, pour y rester jusqu’à parfaite consommation. Le 6 mai 1675, le conseil condamne une femme à payer dix livres d’amende pour avoir présenté au gouverneur une requête en prose et en vers et dans un langage inconnu et ridicule. Les règlements de police du 11 mai 1676, ordonnent que le domestique qui laisse sans permission le service soit mis au carcan ; à la seconde fois if sera battu de verges ; à la troisième, on le marquera d’une fleur de lys. Le 2 avril 1683 défense à tous mendiants valides de gueuser et mendier dans la ville de Québec ; ils doivent aller travailler sur des terres. M. de la Barre, gouverneur général, avait condamné à mort un habitant qui voulait passer chez les Anglais, et comme il n’avait pu se saisir de sa personne, il l’avait fait pendre en effigie à Montréal ; le roi (10 avril 1684) tança vertement le gouverneur et lui enjoignit de faire juger les cas de cette nature par un conseil de guerre où sera présent l’intendant. Ce dernier écrit (8 juillet 1684) au ministre que François-Marie Perrot, gouverneur de Montréal, interdit par Sa Majesté, et LeMoyne de Sainte-Hélène, se sont battus, il y a quinze jours, sur la place publique de Montréal, et se sont tous deux blessés, et demande de quelle juridiction un pareil cas relève ; ces duellistes n’ont pas encore été inquiétés, ajoute-t-il. En 1732, une femme qui avait tué son enfant est appelée, par cri public, au son de la caisse, à comparaître pour répondre à l’accusation ; comme elle ne se présente pas, on l’exécute en effigie. La torture est appliquée, en 1752, sur un soldat, accusé d’avoir incendié plusieurs maisons. C’est probablement le dernier cas de ce genre sous le régime français. En énumérant ces curieuses sentences, qui ne sont plus dans nos mœurs, nous mettons devant le lecteur un tableau du passé, dont les traits appartiennent au reste de barbarie existant encore à cette époque en Europe. Graduellement, après la conquête, ces horreurs ont disparu, à commencer par la torture, mais nous avons gardé la corde et le fouet jusqu’à présent.

L’île de Montréal, et surtout la côte nord du fleuve, avaient décru en population de 1681 à 1700, par suite de la guerre. La ville ne tenait pas à l’honneur d’avoir une enceinte fortifiée digne de ce nom. Chaque danger nouveau appelait bien un peu sur ce point l’attention de ses habitants ; on discutait un instant ; la chose n’allait pas plus loin. La maigre palissade plantée par M. de Callières fut restaurée en 1693 sans ajouter beaucoup aux moyens de défense de la place. En 1709, écrit l’ingénieur De Catalogne, M. de Longueuil fit faire une assemblée, dans une des salles du séminaire « où l’on donna liberté à chacun de dire son sentiment. Comme il n’y avait point de troupes, et peu d’habitants, on proposa de retrancher