Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/256

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L’ÉCOLE


3000 enfants[1], qu’il élève et nourrit à ses frais, pour son profit, qui sont destinés à devenir ses créatures, et forment la première couche de la population scolaire, environ 150 boursiers et demi-boursiers par lycée, premiers occupants du lycée, et pendant longtemps encore, plus nombreux que leurs camarades payants, tous d’une famille plus ou moins besogneuse, fils de militaires et de fonctionnaires qui vivent de l’empereur et n’espèrent qu’en lui, tous accoutumés, dès leur première enfance, à voir dans l’empereur l’arbitre futur de leur destinée, le patron spécial, bienfaisant et tout-puissant qui, s’étant chargé d’eux dans le présent, se chargera d’eux aussi dans l’avenir. Une telle figure occupe et remplit tout le champ de leurs imaginations : si grandiose déjà par elle-même, elle y devient plus grandiose encore, colossale, surhumaine. À l’origine, et parmi leurs condisciples, leur enthousiasme a donné le ton[2] ; l’institution, par son mécanisme, travaille à le maintenir ; et les ad-

  1. Guizot, Essai, 59 et 61. — Fabry, Mémoires pour servir à l’histoire de l’instruction publique, III, 102 (Sur les familles des boursiers et sur les moyens employés pour obtenir les bourses). — Jourdain, le Budget de l’instruction publique (1857), 144. — En 1809, dans les 36 lycées, 9068 élèves, externes ou internes, dont 4199 boursiers ; en 1811, 10926 élèves, dont 4008 boursiers ; en 1813, 14992 élèves, dont 3500 boursiers. À la même époque, dans les établissements privés, 30000 élèves.
  2. Fabry, Mémoires, etc., II, 391 (1819) (Sur le peuplement des lycées et collèges). » Le premier noyau des pensionnaires fut fourni par le Prytanée… Une tradition constante a transmis cet esprit à tous les élèves qui se sont succédé depuis douze ans. » — Ib., III, 112. « L’institution des lycées tend à créer une race ennemie du repos, avide et ambitieuse, étrangère aux affections domestiques, d’un esprit militaire et aventurier. »