Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/278

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L’ÉCOLE


« exactes que dans celui qui les posséderait ; J’ai préféré M. Corvisart à M. Hallé, parce que M. Hallé est de l’Institut ; M. Corvisart ne sait pas seulement ce que c’est que deux triangles égaux. On ne doit pas éloigner l’étudiant en médecine de la fréquentation des hôpitaux, de la dissection et des études relatives à son art. » — Même subordination de la science à l’art, même souci de l’application immédiate ou prochaine, même direction utilitaire en vue d’une fonction publique et d’une carrière privée, même resserrement des études à l’École de Droit, dans cet ordre de vérités dont un Français, Montesquieu, cinquante ans auparavant, avait le premier saisi l’ensemble, marqué les liaisons et dressé la carte. Il s’agit des lois et de « l’esprit des lois », écrites ou non écrites, d’après lesquelles vivent ou ont vécu les diverses associations humaines, quelles qu’en soient la forme, l’étendue et l’espèce, État, commune, Église, corporation, école, armée, atelier agricole ou industriel, tribu, famille ; or, vivantes ou fossiles, ce sont là des choses réelles, observables comme les plantes et les animaux ; on peut donc, au même titre que les animaux et les plantes, les observer, les décrire et les comparer, suivre leur histoire depuis leur commencement jusqu’à leur fin, étudier leur structure, les classer par groupes naturels, dégager en chacune d’elles les caractères distinctifs et dominateurs, noter son milieu ambiant, chercher les conditions ou « rapports nécessaires », internes ou externes, qui déterminent son avortement où sa floraison. Pour des hommes