Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/310

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L’ÉCOLE


versités locales, encyclopédiques et autonomes, il a mis à leur place des écoles spéciales et professionnelles, il a fait avorter la véritable instruction supérieure, il a étouffé dans la jeunesse la haute curiosité spontanée et désintéressée. — En même temps, remontant à la source du savoir laïque, il s’est rattaché l’Institut ; sur cette créature de l’État, il a pratiqué les amputations nécessaires, il s’est approprié son crédit, il a imposé sa faveur ou sa défaveur aux maîtres de la science et de la littérature ; puis, de la source descendant aux canaux, construisant des barrages, aménageant des conduits, appliquant ses contraintes et ses impulsions, il a soumis la science et la littérature à sa police, à sa censure, à sa direction de la librairie et de l’imprimerie ; il s’est emparé de toutes les publicités, théâtre, journal, livre, chaire et tribune, il les a rassemblées et organisées en une vaste manufacture qu’il surveille et dirige, en une fabrique d’esprit public qui travaille incessamment et sous sa main à la glorification de son système, de son règne et de sa personne. Encore ici, on le retrouve égal et semblable à lui-même, conquérant à outrance et rigoureux exploitant de sa conquête, calculateur aussi minutieux que profond, aussi inventif que conséquent, incomparable pour adapter les moyens au but, sans scrupules dans l’exécution[1], persuadé que, par la pres-

  1. Faber, Notices, 32 (1807) : « J’ai vu un jour un médecin, honnête homme, dénoncé inopinément pour avoir, dans une société de la ville, émis quelques observations sur le système médical sous le gouvernement existant. Le dénonciateur, employé