Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 1, 1909.djvu/304

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vivants, publie des observations sur les plantes et sur les insectes. — Rousseau, le moins instruit de tous, suit les cours du chimiste Rouelle, herborise, et s’approprie, pour écrire son Émile, tous les éléments des connaissances humaines. — Diderot a enseigné les mathématiques, dévoré toute science, tout art et jusqu’aux procédés techniques des industries. D’Alembert est au premier rang parmi les mathématiciens. Buffon a traduit la théorie des fluxions de Newton, la statique des végétaux par Hales ; il devient à la fois ou tour à tour métallurgiste, opticien, géographe, géologue et à la fin anatomiste. Condillac, pour expliquer l’usage des signes et la filiation des idées, écrit des abrégés d’arithmétique, d’algèbre, de mécanique et d’astronomie[1]. Maupertuis, Condorcet et Lalande sont mathématiciens, physiciens, astronomes ; d’Holbach, La Mettrie, Cabanis sont chimistes, naturalistes, physiologistes, médecins. — Grands ou petits prophètes, maîtres ou élèves, savants spéciaux ou simples amateurs, ils puisent tous directement ou indirectement à la source vive qui vient de s’ouvrir. C’est de là qu’ils partent pour enseigner à l’homme ce qu’il est, d’où il vient, où il va, ce qu’il peut devenir, ce qu’il doit être. Or un nouveau point de départ mène à un nouveau point de vue ; c’est pourquoi l’idée qu’on se fait de l’homme va changer du tout au tout.

  1. Voir sa Langue des calculs et son Art de raisonner.